Comment réaliser un documentaire en 24 heures?

Je vais vous présenter toutes les étapes de préparation qui m’ont permis de filmer en une journée le film documentaire Résilience. Dans une 2e partie je vous montrerai le processus cette fois que j’ai utilisé pour la partie montage et comment je passe de 6 heures de rush à à peu près 6 minutes de vidéo.

Voir la version vidéo de l'article

Réalisation d'un documentaire pour le Festival One Day Doc

Petit remise en contexte, j’ai récemment réalisé le film documentaire Résilience pour le festival One Day Doc. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore déjà vu, je vous le met à la fin de l’article.

Les règles pour participer étaient simples. Il fallait réaliser un documentaire en 24 heures. La durée du film documentaire devait être comprise entre 2 et 8 minutes maximum. La réalisation devait être un travail nouveau, pas de réutilisation de plans déjà filmés ou que l’on avait dans une banque de données.

Pas de limite de temps pour le montage. On avait environ 2 mois pour envoyer notre participation en plus de la phase de préproduction et jusqu’à la dernière étape de finalisation.

Comment faire un petit documentaire ?

La première étape est évidemment c’est trouver un sujet qui a une histoire à raconter. Que ce soit pour du documentaire classique ou un petit documentaire (- de 10min), cette étapes est la plus importante.

L’un de mes amis m’avait parlé de Léa que vous allez retrouver dans le film documentaire. Elle travaille dans le milieu social avec des personnes ayant subi des agressions sexuelles ou qui ont des dépendances à l’alcool ou à la drogue.

C’est un milieu qui est assez difficile à gérer humainement et mentalement parlant.

Je décide de la contacter et d’organiser un appel pour en savoir un peu plus.

Cette étape est l’une des plus importantes parce qu’elle va vous permettre de discuter avec votre sujet pour savoir s’il y a réellement une histoire à raconter. Et pour le savoir il faut poser des questions, beaucoup de questions et de préférence des questions ouvertes. S’intéresser à  la personne à qui vous parlez et l’écouter.

Il ne faut pas rentrer trop en détails dans les questions parce qu’on veut garder une certaine spontanéité dans les réponses le jour où il y aura réellement l’interview.

Si vous avez des blancs durant cette phase, (vous savez ce moment un peu malaisant ou personne ne parle), attendez.

Attendez parce que souvent dans ce genre de moments, survient les informations les plus importantes où votre sujet va vraiment se livrer, où vous allez obtenir de la personne son authenticité.

Je suis parti au final d’une Léa qui souhaite arrêter de travailler dans le social et devenir professeur de mathématiques, (qui était le brief initial avant de rencontrer Léa), à « comment la pratique du Muay Thaï lui permet de gérer émotionnellement le traumatisme qu’elle a subi durant son enfance.

Il y a donc un certain gap, et ce gap j’ai réussi à le découvrir parce qu’on a fait ce pré-entretien.

Où trouver l'inspiration ?

Milanote est le premier outil que j’ai utilisé pour organiser le projet et je commence généralement par chercher des sources d’inspiration via d’autres documentaires.

Pour ça, je vais soit regarder des films sur YouTube, sur Vimeo, et je mets directement ces vidéos dans Milanote.

Je peux vraiment avoir accès rapidement à toutes ces inspirations à travers la plateforme.

À partir de là, je mets tout ce qui me passe par la tête, que ce soit dans la réutilisation ou l’utilisation de certaines frames dans le montage.

Par exemple, je savais que je voulais avoir certains ralentis durant des scènes de boxe pour obtenir un rythme différent au montage.

Je savais aussi que je voulais des plans complètement floutés, comme dans Chungking Express, pour simuler une sorte de mal-être dans la situation.

Le deuxième outil que j’ai utilisé pour commencer à organiser un peu la shotlist, c’est Frameset.app.

Ce site est juste exceptionnel parce qu’il vous permet de trouver des idées de plans, de compositions de lumière, à partir de mots-clés que vous renseignez dans le moteur du site.

Avec la version gratuite, vous pouvez faire 10 recherches par jour. Le site propose essentiellement des shots qui sont pris sur des projets commerciaux publicitaires mais commence également à intégrer des images de films.

Si vous voulez des inspirations de réalisateurs ou de films, il y a Shot.cafe qui peut vous intéresser et qui est gratuit ou Shotdeck, mais cette fois-ci payant.

Par exemple, si vous voulez des inspirations de Wes Anderson, tapez simplement Wes Anderson dans le moteur de recherche et il va vous sortir tous les plans des films connus que Wes Anderson a réalisés.

Dans le cadre du documentaire, j’ai cherché essentiellement des plans en rapport avec lae Muay Thaï à Montréal et des shots d’interview pour me donner une tendance de ce que j’aurais pu avoir.

Je savais que je voulais un style assez sombre, mais avec des plans très colorés pour la fin pour symboliser un peu l’espoir qui viendrait contraster avec tout le reste du documentaire.

La phase de repérage

A partir de là, j’organise cette fois-ci une shotlist et je commence à penser aux endroits où je vais filmer.

Sur 24 heures, il faut vraiment optimiser ses temps de trajet et les heures de captation.

Je savais que je voulais filmer là où Léa s’entraine, dans son club de Muay Thaï, et je suis parti de cet endroit pour trouver le parc Jarri à Montréal où l’on a filmé le matin en heure bleue.

L’idée, c’était d’enchaîner après au gym pour avoir personne et avoir les plans les plus cinématiques du documentaire.

Après, on serait aller chez Léa pour filmer l’interview à l’heure où la lumière est la moins flatteuse, aux alentours de 11h30.

Pose de quelques heures pour se remettre du reveil à 3h30 du matin et ensuite, on retourne au club de box où cette fois-ci, Léa avait un cours avec son prof.

L’idée, c’était de finir au parc La Fontaine, à Montréal en fin journée, à côté de chez Léa.

Je suis donc allez faire du repérage cette fois-ci pour savoir où le soleil se situerait en fonction de l’heure et de l’endroit où je me trouvais.

L’outil que j’ai utilisé est l’application que vous connaissez peut-être en temps photographe, PhotoPills.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’application, elle permet de planifier la photo parfaite dont vous avez toujours rêvé de capturer. C’est vraiment un planificateur.

Pour la vidéo, je l’utilise uniquement pour savoir où est-ce que le soleil va se trouver grâce à la réalité augmentée de l’application.

PhotoPills m’a permis de savoir qu’il fallait absolument filmer autour de 7h du matin au gym si je voulais avoir la lumière qui illumine la salle. Sans l’appli et sans repérage, le rendu aurait peut-être vraiment différent.

Par contre, au parc Jarri, j’ai pas réussi à voir le lever de soleil comme je voulais parce qu’on a eu des nuages… Malheureusement, ne contrôle pas encore la météo.

Choisir la musique

Le dernier outil que j’ai utilisé pour commencer à me projeter un peu dans l’ambiance globale du documentaire, c’est Artlist pour trouver la bonne musique.

Je fonctionne vraiment à l’instinct ici. Si durant les trois premières secondes, ça ne me parle pas, je passe. J’avais renseigné les filtres ambiance et cinématique pour ce projet.

Je voulais pas de parole chantée et je voulais plus un rendu global musical qui monte en puissance en laissant place évidemment à la voix off et en laissant respirer le tout.

Une fois que je trouve tout ce que je cherche, je télécharge toutes les musiques et je intègre à nouveau dans Milanote.

Comment réaliser un film ?

Voilà le processus global que j’ai utilisé pour organiser la préproduction et le tournage de Résilience. Il existe pourtant de nombreuses méthode pour la réalisation d’un film documentaire.

L’avantage de procéder comme ça, c’est lorsque vous devez filmer le jour J, vous avez déjà le projet qui est vraiment en tête et ça vous enlève un énorme stress.

En tout cas, c’est le cas pour moi. Pour ce qui est après des réglages de votre caméra, je vous invite à aller voir les articles qui parlent déjà de ce sujet.

Voir le documentaire Résilience